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Pourvu qu’on ait livresque…

Written by on 30 janvier 2020

“POURVU QU’ON AIT LIVRESQUE” est une émission proposée et préparée par Laurent  Bourdelas pour l’antenne d’EMERGENCE et proposée en diffusion aux radios membres du GRAL.

  • EMERGENCE FM / Samedi et Dimanche à 12h02
  • KAOLIN FM (Saint Yrieix la perche et Rochechouart)
  • RADIO GRAND BRIVE (Brive La gaillarde)
  • BRAM FM (Tulle)
  • RADIO VASSIVIERE (Royère de Vassivière et Meymac)

Joseph Ponthus, A la ligne Feuillets d’usine, La Table Ronde, 2019

A la ligne est un formidable texte – une longue suite poétique qui fait roman – écrit par un jeune quadragénaire aux allures de capitaine au long cours désormais ancré en Bretagne. Le portrait qu’on a de l’ancêtre gravé en 1577 par Thomas de Leu pourrait en effet laisser transparaître une ressemblance. Joseph Ponthus a fait des études de littérature à Reims et de travail social à Nancy, puis il a exercé plus de dix ans comme éducateur spécialisé en banlieue parisienne, avant de s’installer, par amour pour Krystel, à Lorient et d’être obligé de travailler à la chaîne dans l’agro-alimentaire – à la ligne de production si l’on préfère. C’est-à-dire de devenir un prolétaire parmi les autres, ceux que broie progressivement le capitalisme forcené qui règne désormais en maître, maître des existences, des corps et des esprits, maître du temps qui file. Certains les appellent avec mépris des « sans-dents », d’autres parlent d’ « illettrés », Joseph Ponthus leur redonne toute leur humanité, en racontant deux années passées avec eux comme intérimaire sensible et fraternel.
Son texte de 263 pages est écrit sans ponctuation, comme pour suivre le rythme de la ligne de production, des journées de travail qui s’enchaînent, des repos trop courts. Il est fait pour être lu à haute voix, crié, même, à certains moments, le style oscille entre lyrisme et familiarité, poésie et prosaïsme. Nous sommes, comme Charlot dans Les temps modernes, au cœur de l’aliénation mais aussi de ce qui pousse à la résistance, nous sommes au cœur de la guerre, au milieu du sang, des corps et des restes d’animaux encore tièdes à l’abattoir, ou bien des moules à l’usine de poissons panés, ou encore du tofu qui s’égoutte et des palettes de bulots à n’en plus finir. Les corps souffrent en permanence, les chefs et les commerciaux sont impitoyables, l’ouvrier Ponthus, « petit troufion à l’usine » attend, comme ses camarades, les sous pour lesquels il est là, et peut-être même, s’ils ont assez travaillé, un congé supplémentaire pour Noël. Il lui faut tenir, comme Ulysse poursuivi par la fureur divine, car sa Pénélope et son chien l’attendent à la maison.
Dans les tranchées, en 1915, Guillaume Apollinaire, cité par l’auteur, écrivait : « C’est fantastique tout ce qu’on peut supporter. » Joseph Ponthus l’éprouve avec sa terrible expérience, partagée par une classe ouvrière dont certains voudraient nous faire croire qu’elle n’existe plus, à commencer par les patrons qui ne parlent plus d’ouvriers mais de « collaborateurs ». Ce qui fait tenir Ponthus, ce qui lui donne le courage de résister aux cauchemars et d’embaucher à quatre heures du matin pour l’arrivage de la marée, ce qui l’aide à pousser des carcasses et à maintenir debout la sienne, c’est l’amour pour sa femme, d’abord, avec laquelle il est heureux, c’est celui de sa mère, c’est son chien Pok Pok, c’est le rugby qui prépare le corps, c’est la fraternité qui se partage avec les copains de la chaîne en distribuant des bonbons Arlequin de Lutti, c’est aussi de savoir que l’océan est tout proche. Et puis c’est travailler accompagné par les chansons, notamment de Charles Trénet – même s’il n’y a pas toujours de la joie –, le souvenir des sketches de Fernand Raynaud ou des films de Godard et surtout celui de tous les écrivains lus et aimés, de tous leurs textes qu’il cite au fil de son livre, dont on découvre la puissance vraiment salvatrice : Aragon, Rabelais, La Bruyère, Georges Perec et Thierry Metz, poète et manœuvre de chantier…
A la ligne est un ouvrage beau, émouvant, fort, tendre et macabre, politique et spirituel, si poétique et si cruel, si humain. Il donne un éclairage tout particulier à une citation de Léo Ferré faite par Joseph Ponthus : « A l’école de la poésie/On n’apprend pas/On se bat ». Et si c’était cela, le sujet de ce livre ?

L'Art du féminisme

Xabier Arakistain Maria Balshaw Lucinda Gosling Hilary Robinson Amy Tobin

Noël Simsolo et Dominique Hé, Alfred Hitchcock, L’Homme de Londres, Glénat

                Les Editions Glénat proposent un magnifique album consacré au réalisateur de cinéma Alfred Hitchcock lorsque celui-ci vivait à Londres, c’est-à-dire de sa naissance en 1899 à la Seconde Guerre mondiale. Une somptueuse bande dessinée en noir et blanc, comme les films d’alors, signée par Dominique Hé, soixante-dix ans, qui commença à Pilote, collabora notamment à Rock & Folk ou Métal hurlant. Le scénariste, Noël Simsolo, romancier, comédien, essayiste, est l’un des premiers historiens du cinéma à avoir écrit en France sur Hitchcock en 1969 – ce dont on se rend très bien compte dans cet ouvrage, tant il est précis, plein d’anecdotes et de références cinématographiques. C’est donc une totale réussite qui ravit à la fois les amateurs de bande dessinée, de cinéma, d’Alfred Hitchcock mais aussi de cette période qu’est la première partie du XXème siècle, en Angleterre et en Europe, particulièrement éprouvée par les guerres mondiales.

                Les auteurs nous font découvrir un personnage atypique, un véritable personnage de cinéma, qui d’ailleurs va prendre l’habitude de figurer dans ses films – la liste de ces figurations fugitives est donnée à la fin du livre. Catholique d’origine irlandaise dans un pays anglican, ce qui marque son œuvre, Alfred est le cadet de trois enfants dont le père meurt lorsqu’il a quatorze ans. Il noue une relation étrange avec sa mère, empreinte d’intimité et de soumission, tout en devenant obèse et plutôt peureux. Hitchcock est d’abord graphiste dans la publicité puis au cinéma, comme concepteur d’intertitres, puisque c’est l’époque du cinéma muet. Devenu jeune réalisateur, il s’inspire du théâtre et de la littérature tout en faisant preuve de beaucoup d’inventivité alors que la technique est encore un peu balbutiante, y compris dans la direction d’acteurs. Avec Blackmail (Chantage), il devient le metteur en scène du premier film anglais parlant. Le suspense et l’humour noir deviennent ses marques de fabrique.

                Très bien construite, la bande dessinée, qui débute par un entretien d’Hitchcock  avec Cary Grant et Grace Kelly – beaucoup moins ingénue qu’on pourrait le croire – nous montre un génie mégalomane du cinéma, son humour, sa férocité avec les acteurs prétentieux qu’il compare à du bétail, ses facéties parfois cruelles à leur encontre, son goût immodéré nourri par les fantasmes pour les comédiennes blondes. Elle explore aussi sa vie privée, ses relations avec son frère et surtout avec sa femme Alma, très intelligente, avec qui il a, malgré ses réticences pour la sexualité charnelle, une fille, Patricia. Avec aussi son assistante dévouée et efficace Joan Harrington qui, après des études à la Sorbonne et Oxford, travailla avec lui dès l’âge de 21 ans.

                L’album nous rappelle, si besoin était, que le cinéma est une industrie et donc une affaire d’argent et de tractations diverses, de négociations avec les producteurs. Hitchcock sait évoluer dans le milieu et devient riche. Lorsque les périls montent en Europe, il part s’installer aux Etats-Unis, où on le demande, et pour préserver sa fille de la guerre qui s’annonce. Hollywood semble promettre des moyens financiers beaucoup plus importants et le livre, qui sera suivi d’un second volet sur la période américaine, s’achève par la rencontre prometteuse avec David Selznick.

Julien Le Bot, Dans la tête de Mark Zuckerberg, Solin/Actes Sud

 Journaliste, auteur-réalisateur de Tous les Internets, une coproduction Arte/Premières lignes 100 % pensée pour mobiles et réseaux sociaux, Julien Le Bot est à l’écoute de la fabrique des contre-pouvoirs, de la société numérique et des innovations dans l’accès à l’information. Avec Dans la tête de Mark Zuckerberg, il signe un essai captivant et fort bien documenté sur celui qui, alors qu’il était encore à Harvard pour étudier la psychologie et l’informatique, a créé TheFacebook, d’abord moyen numérique pour connecter les étudiants, aujourd’hui communauté réunissant 2,4 milliards d’individus, pour le meilleur et le pire, une plateforme fonctionnant avec plus de cent langues, administrée par 30 000 employés répartis dans 48 bureaux à travers le monde, dont la capitalisation boursière avoisine les 500 milliards de dollars grâce à son immense régie publicitaire qui transforme toutes les données des utilisateurs en informations pour tous les annonceurs potentiels. Ces données sont stockées dans 15 data centers. Comme l’écrit Julien Le Bot, « à l’heure du smartphone, des notifications et de l’hyperconnexion, ce ciblage opaque, ultra-sophistiqué et géolocalisé, est presque capable d’anticiper. De prédire même tant il nous connaît. Voire d’influencer. »

Marck Zuckerberg, c’est Facebook. Né en 1984 dans un milieu aisé dans l’Etat de New York, il est – comme son père dentiste – féru d’informatique, mais aussi de grec, de latin et d’hébreu, scolarisé dans de bonnes écoles privées. Parmi ses modèles, bien entendu, il y a Bill Gates, mais surtout le premier empereur romain Auguste – d’ailleurs, il s’est marié à Rome et ses filles se prénomment Maxima et August. Après tout, le génial Zuckerberg est bien un conquérant qui a su terrasser toute concurrence, en rachetant des applications comme Instagram ou WhatsApp. Facebook, qui joue en permanence sur l’émotion, est devenu une sorte de monopole, le méga réseau social, presque une religion avec son dieu omniscient et puissant, que son créateur assimile d’ailleurs à internet. Pour cela, par des moyens très ingénieux pensés notamment par des chercheurs de Stanford, il a mis au point une mécanique capable de fabriquer de l’addiction. Cela est parfaitement expliqué dans le livre. Aujourd’hui, Zuckerberg est la 5ème fortune mondiale avec 56 milliards de dollars qui réfléchit d’ailleurs, avec son épouse Priscilla Chan, d’origine chinoise, à quelle forme de charité s’adonner, par exemple pour guérir toutes les maladies.

Si Zuckerberg a très vite compris que sa créature se nourrissait et encourageait éperdument le voyeurisme, contribuait grandement à mettre un terme au concept de vie privée tel qu’on le connaissait, il a sans doute sous-estimé la réalité des enjeux, les méfaits et les désastres engendrés par Facebook. Longtemps, sa politique n’a été que d’avoir le plus possible d’utilisateurs. S’il pense toujours que connecter de plus en plus de gens est un bien pour l’humanité, s’il se déclare démocrate, il doit bien constater que Facebook permet à des terroristes et des extrémistes de faire leur propagande, à des Etats ou des organismes mal intentionnés de répandre des fake news, à des particuliers d’en harceler d’autres. Surtout, Facebook semble devenir une sorte d’Etat mondialisé au-dessus des Etats traditionnels désemparés, avec ses propres règles et avec bientôt sa propre monnaie. Comme l’écrit Julien Le Bot, Facebook est « un colosse derrière lequel tout le monde court sans trop savoir où l’on va pour être sûr de ne pas rater le train de la prochaine innovation. » Chamath Palihapitiya, jadis en charge de l’équipe du développement des usagers par tous les moyens explique que Facebook est une machine dangereuse pour chacun et pour la société, qui a trop d’emprise sur nous et nous manipule. D’autres anciens insiders disent aujourd’hui la même chose, mais qui les écoute aujourd’hui ?

Régine Rossi-Lagorce, Mes vagabondages culinaires, Editions Mon Limousin
La nouvelle maison d’édition Mon Limousin a décidé de publier des abécédaires illustrés, sur beau papier, consacrés à la région. Régine Rossi-Lagorce, chroniqueuse culinaire à la radio, auteur de 17 livres, propose dans cette collection ses très intéressants et inspirants vagabondages à travers la cuisine, accompagnés de magnifiques photographies de Bernard lagorce, qui donnent immédiatement envie de passer à table mais aussi de faire le marché ou de se promener dans la nature pour y chercher fruits et champignons.
Si l’ouvrage gourmand livre des recettes précises, classiques ou originales, éprouvées par l’auteur avec talent, c’est aussi un livre plein de style qui raconte des histoires de familles, d’amitié, fait le récit de traditions, conte des légendes, qui donne vie aux produits de qualité. Et comme c’est un abécédaire, on décline doucement et poétiquement l’alphabet, avec des entrées comme boucherie, confitures, daube, épices, framboises, Gargantua, nouilles, odeurs, ou soupes, pour ne citer que ces mots.
Comme l’écrit Régine Rossi-Lagorce, « il faudrait un livre entier pour raconter les cuisiniers et un autre pour les cuisinières ! ». Elle livre en tout cas les noms de ses préférés : l’inventif François Massialot, né à Limoges en 1660, au service du frère de Louis XIV, Antonin Carême, né en 1784, pâtissier de génie qui remplaça le bonnet de coton des cuisiniers d’alors pour la toque que l’on connaît aujourd’hui. On le voit, il est ici question d’histoire et l’on sait bien que la gastronomie à la française est aussi une histoire de culture et de civilisation. Pas étonnant, donc, que l’on y évoque la littérature, à commencer par Rabelais, mais aussi la langue, française (avec les mots de cuisine) et limousine, avec des mots charmants comme les bouligous de la grand-mère de l’auteur, qui désignent les Jacques, des sortes de succulents chaussons aux pommes.
L’abécédaire regorge d’anecdotes vivantes et édifiantes, réfléchit à propos de nos habitudes alimentaires, aujourd’hui pas forcément saines ni économes. Justement, ce livre est une invitation à manger mieux, mais toujours avec plaisir. Un antidote à la malbouffe proposée par les fastfood ou les supermarchés qui étranglent les producteurs. Régine propose même des infusions pour se désaltérer et même se soigner, en expliquant qu’il ne s’agit pas d’une boisson mais d’une technique de préparation et une méthode de cuisson, que l’on peut aussi utiliser en cuisinant.
Le livre est aussi une incitation à la promenade au jardin fleuri, à l’entretien d’un potager. A l’utilisation aussi, de la porcelaine de Limoges pour manger tous ces bons plats et boire du café, du thé ou du chocolat. Le caco mousseux du matin, nous confie Régine, est bien meilleur dans ces merveilles en porcelaine qui viennent de Limoges. Comment en effet, ne pas associer ce raffinement des arts de la table et celui de la cuisine bien préparée ?
Croyez-moi, lorsque vous refermerez ce livre, qui se lit au fil des envies de cuisiner et qui accompagne au fil des saisons, vous n’aurez qu’un désir : celui d’éprouver les plaisirs subtils d’un bon repas et vous lèverez votre verre pour honorer cette formidable cuisinière.



Bernard Verret, Champions du Limousin La Haute-Vienne, Editions Mon Limousin

Bernard Verret a travaillé plus de quarante ans au Populaire du Centre et il trempe incontestablement sa plume dans la même encre que celle d’Antoine Blondin, c’est-à-dire celle de la littérature sportive de qualité. D’ailleurs, dans ce livre, Champions du Limousin, il s’amuse à livrer une belle interview post mortem de l’écrivain qui fit de si belles chroniques du Tour de France.

On lit avec beaucoup de plaisir les 230 pages de cet abécédaire magnifiquement accompagné de photographies exceptionnelles, d’abord parce qu’elles sont écrites avec un vrai style, et parce qu’elle fourmille de renseignements sur tous ceux, d’avant-hier, hier et aujourd’hui qui ont fait de la Haute-Vienne un département sportif – c’est-à-dire une terre de licenciés, de champions – parfois olympiques – et de supporters, sans se réduire au seul basket. Chaque article est accompagné d’une fiche donnant des informations biographiques et surtout le palmarès du champion.

En racontant cela, Bernard Verret fait œuvre d’historien, qui parle à la fois des femmes – comme Maryse Bastié ou Claude Mandonnaud – et des hommes, mais aussi de leur époque. A ce titre, cet ouvrage presque exhaustif qui parle de nombreux sports est exceptionnel ; il est sans doute le premier dans son genre. Il mérite d’être dans toutes les bibliothèques de ceux qui aiment à la fois le sport et le Limousin. D’ailleurs, on attend de l’auteur le même exercice pour la Corrèze et la Creuse.

Bien entendu, dans cette galerie alerte de portraits, le miaulétou Raymond Poulidor occupe une place de choix et l’auteur titre le chapitre qui est consacré au mythique cycliste : « A jamais le premier, évidemment ». Au passage, on doit signaler les intertitres du livre qui sont tout aussi plaisants que le texte lui-même. Ainsi, à propos de Poupou : « Ils repéraient leur route dans l’obscurité, grâce à la cime des arbres » ou encore : « Il préférait une défaite loyale à une victoire frelatée ».

Le sport est profondément humain et Bernard Verret sait dire aussi les failles de ceux dont il parle, comme Luc Leblanc, marqué au fer rouge dans son enfance par l’accident qui le blessa gravement et tua son frère, ou bien encore les affaires de mœurs qui firent chuter le grand footballeur Yvon Goujon – l’occasion d’ailleurs de rappeler que le Limoges Football Club joua en 1ère division. Il raconte aussi des drames comme la mort du pilote de rallye Mark Champeau ou celle du motard Gilles Lalay lors du Paris-Dakar 1992.

Fils de sportifs, longtemps sportif moi-même, j’ai entendu parler ou croisé un certain nombre de ceux dont il est question dans le livre de Bernard Verret. Jusqu’à mon prof de gym au collège Donzelot à Limoges, le lutteur André Bouchoule, « l’Obélix du Grand Treuil ». J’apprécie donc grandement cette histoire de champions qui sent la sueur et le sang, le cuir des gants de boxe, le chlore des piscines, la terre et la pelouse des terrains de foot et de rugby, cette histoire rythmée par le bruit des pédaliers, des voitures de course, des rebonds de ballon et par les ovations des supporters.

Amitiés Gourmandes

Laetitia Roux, Françoise Couic-Marinier, Véronique Allio-Vitrac

 + auto-édition


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